Sur la toile de nos temps numériques - toile bien réelle transcendant clivages générationnels, culturels, socio-économiques comme politiques - l’Organisation des Nations Unies serait-elle menacée par le bigbang médiatique que provoquent les technologies de l’information et de la communication, les TIC pour les intimes?
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Eric Hoesli ne veut pas entendre parler de l’agence de presse Infosud.
Comme il est loin le temps oĂą le «Tages-Anzeiger» osait critiquer ouvertement les lobbies. Au dĂ©but des annĂ©es huitante, un article critique sur l’automobile avait valu au titre porte-Ă©tendard de la gauche modĂ©rĂ©e alĂ©manique de subir le boycott des annonceurs de la branche.
Le quotidien zurichois a fait table rase du courage et de ses nobles idĂ©aux pour adhĂ©rer Ă la philosophie mercantile des grands groupes de presse. CotĂ©e en bourse, sa propriĂ©taire, la maison tamedia, navigue sur une mer de produits mĂ©diatiques qui vivent grassement de la publicitĂ©. Bien gĂ©rĂ©e, reconnaissons-lui cette vertu, elle engrange les bĂ©nĂ©fices au point d’ĂŞtre devenue une prĂ©datrice dont l’appĂ©tit ne semble plus connaĂ®tre de limites en Suisse.
DĂ©sormais les frontières de l’empire tamedia atteignent la Sarine. Et rien ne dit que le rouleau compresseur zurichois s’arrĂŞtera en si bon chemin. Ne murmure-t-on pas qu’il aurait dĂ©jĂ pris langue avec son pendant lĂ©manique Edipresse dont les rĂ©sultats sont loin d’ĂŞtre aussi brillants que les siens? D’ailleurs, depuis qu’ils partagent une nouvelle passion, celle des gratuits, les deux gĂ©ants se retrouvent dĂ©jĂ Ă batailler entre Genève et Fribourg.
La concentration de la presse n’est pas bonne pour la libertĂ© et la qualitĂ© de l’information quoi qu’en dise Moritz Leuenberger. Les fusions se traduisent automatiquement Ă terme par des licenciements de journalistes. Combien de mois survivra le «Bund», ce vaillant quotidien, autrefois une rĂ©fĂ©rence pour la Berne fĂ©dĂ©rale?
On attend une fois de plus au contour la Commission de la concurrence dont on sait qu’elle a très rarement manifestĂ© un excès de sĂ©vĂ©ritĂ© lors de prĂ©cĂ©dents regroupements de journaux. Cette fois, au moins, elle ne pourra pas invoquer les difficultĂ©s Ă©conomiques pour justifier son quasi-inĂ©vitable feu vert. M. de Graffenried, avisĂ© patron du groupe BZ, ne vend pas parce qu’il est acculĂ© Ă la faillite mais bien en raison de problèmes de succession.
*Commentaire paru dans “La LibertĂ©” du 25 mai 2007
Les quotidiens gratuits ont littĂ©ralement inondĂ© le marchĂ©. Ce qui est pratique avec cette presse, c’est qu’elle ne vaut rien. Un citoyen nous le rappelle fort justement, appliquant sur quelques caissettes son autocollant inspirĂ© de La grande maison de cosmĂ©tiques: «Gratuit, parce que je ne vaux rien».
Le dĂ©part sans gloire de Paul Wolfowitz marque une dĂ©convenue de plus pour George Bush qui aura militĂ© jusqu’au bout en faveur de son protĂ©gĂ©, le prĂ©dateur musclĂ© qui l’avait convaincu de jouer aux va-t-en-guerre en Afghanistan et en Irak.
Lors de sa nomination, il y a deux ans, Wolfowitz ne s’attendait certainement pas Ă une fin de carrière aussi infamante. A l’Ă©poque, de nombreux commentateurs comparaient sa trajectoire Ă celle d’un autre faucon amĂ©ricain, Robert McNamara. Ce secrĂ©taire d’Etat Ă la DĂ©fense mutĂ© au plus fort de l’enlisement au Vietnam avait fort bien rĂ©ussi sa reconversion Ă la tĂŞte de la Banque mondiale. Mais il possĂ©dait manifestement une qualitĂ© qui manquait au poulain de Bush: le doigtĂ©.
En faisant du combat contre la corruption son cheval de bataille, «Wolfie» avait prĂ©sumĂ© de ses forces. Il croyait sans doute qu’il parviendrait Ă ses fins en usant de l’artillerie lourde, comme au bon vieux temps du Pentagone. Sa condescendance arrogante et son manichĂ©isme dans la manière de gĂ©rer l’aide aux pays soumis Ă des rĂ©gimes dictatoriaux lui avaient valu de profondes antipathies en Afrique.
Wolfowitz au rancart, se pose la question de sa succession. La Banque mondiale est par tradition une chasse gardĂ©e de Washington qui en a fait un instrument essentiel de ses ambitions hĂ©gĂ©moniques. Mais des voix s’Ă©lèvent ici et lĂ pour affirmer que cette pĂ©riode est rĂ©volue. Ainsi le Nobel de l’Ă©conomie amĂ©ricain Joseph Stiglitz va jusqu’Ă faire du Britannique Tony Blair son favori. Sans dire s’il est lui-mĂŞme candidat Ă la succession de Wolfowitz…
Car aux yeux de beaucoup, Stiglitz serait l’homme idĂ©al. Ex-conseiller de Clinton, ce keynĂ©sien adepte du soutien de l’Etat aux PME connaĂ®t parfaitement les rouages de la Banque mondiale pour y avoir travaillĂ© plusieurs annĂ©es. En plus, il a une sensibilitĂ© tiers-mondiste qui ne serait pas pour dĂ©plaire Ă plus d’un continent.
* Commentaire paru dans “La LibertĂ©” du 19 mai 2007
Les élections en France, c’est un peu comme la Coupe du monde de football. Au départ, le bon peuple se réjouit beaucoup. Il échafaude toutes sortes de scénarios, vibre aux exploits des petites équipes, spécule sur un outsider. Mais au bout du compte le rêve laisse la place à la désillusion. En finale se retrouvent deux éléphants dont la platitude des barissements ne le dispute qu’à leur opportunisme.
Sur le plateau télévisé, le soir du dernier face à face, on aurait bien aimé avoir un personnage qui s’engage sur des enjeux essentiels tels que le climat, la consommation d’énergie et de pétrole, l’agriculture biologique, l’urbanisme, le logement, les transports. On aurait préféré aussi deux arbitres véritables à la place de mannequins de cire ankylosés par des années, que dis-je, des siècles d’ânonnements devant le petit écran.
Nicolas Sarkozy élu, puissent les Français ne pas regretter d’avoir choisi un cheval de Troie. Depuis de Gaulle, Marianne n’a eu de cesse de s’affirmer comme un rempart culturel contre le rouleau compresseur américain. Elle érigeait en valeur nationale la qualité de ses récoltes, celle de ses troupeaux. Il lui faudra désormais avaler de nouvelles couleuvres importées des Etats-Unis. A commencer par les aliments modifiés génétiquement. Tant il est vrai que Sarkozy ne s’est jamais engagé en faveur d’un moratoire sur les OGM.
Editorial paru dans “La Lettre hebdomadaire du Journal de Genève et Gazette de Lausanne” du 11 au 18 mai 2007