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TerminĂ©e, la crise? Allez le raconter aux autres, pas aux journalistes! Ni aux imprimeurs. Encore moins aux rĂ©gies d’annonces. Et dire que la publicitĂ© est censĂ©e devancer l’Ă©volution conjoncturelle! D’autres secteurs n’auraient donc encore rien vu?
Les mĂ©dias mangent leur pain noir. Comme la couleur du nuage qui s’est Ă©chappĂ© des soutes du navire amiral Edipresse, il y a quelques jours. Deux explosions dans un transformateur enchaĂ®nĂ© aux chevilles du colosse ont suffi Ă dĂ©stabiliser l’alimentation en Ă©lectricitĂ© du centre de Lausanne. Cette âcre fumĂ©e Ă©tait aussi un mauvais prĂ©sage.
Edipresse sacrifie 10% de ses effectifs et Tamedia prĂ©tend n’ĂŞtre pour rien dans ce carnage. On veut bien, mais il faut quand mĂŞme faire preuve de naĂŻvetĂ© pour croire que le groupe zurichois se tient en observateur absolument passif. Pourquoi ses comptables attendraient-ils jusqu’en 2011, date de la remise du trousseau de clĂ©s au complet, pour demander l’accès aux passages secrets de l’empire lĂ©manique? Tout acquĂ©reur sensĂ©, surtout s’il dĂ©bourse plusieurs centaines de millions, vĂ©rifie tout de suite l’Ă©tat rĂ©el de santĂ© de sa nouvelle conquĂŞte. Que dĂ©couvriront les inspecteurs de M. Subino, le patron de Tamedia? Nul ne le sait encore, mais ce ne sera certainement pas l’antre de CrĂ©sus.
Ce massacre du 9 octobre restera gravĂ© dans les mĂ©moires car le cas d’Edipresse n’est malheureusement pas isolĂ© et symbolise la fin d’une ère pour la presse romande. Celle oĂą les journaux parvenaient Ă octroyer Ă leur personnel des conditions de travail dĂ©centes, compatibles avec les exigences d’une information crĂ©dible.
Suppressions d’emplois, mises Ă la retraite anticipĂ©e, non-remplacements et autres dommages irrĂ©versibles pour cause de mobbing s’enchaĂ®nent aujourd’hui partout Ă un rythme fatal. CumulĂ©es, ces entraves rendent la mission civique des journalistes impossible.
*La Liberté du 10 octobre 2009